Belle Etoile
My Tinh a été la première des quatre femmes qui m’ont fasciné dès le premier regard.
En ce temps, j’habitais en banlieue de Paris, et je me rendais à mon travail en voiture. Il faisait un temps maussade, pluvieux, humide, et très froid. Et voilà que j’aperçois une jeune femme, petite, menue, emmitouflée dans un grand manteau et visiblement transie. Je m’arrête pile, et je me retourne pour voir si elle avait compris que je lui proposais de l’accompagner. Elle avait compris et me rejoignit.
J’avais un rendez-vous professionnel, j’étais donc, contrairement à mes habitudes, sapé comme un nabab ; costume, cravate, boutons de manchettes et tous les accessoires du jeune homme dynamique.
Je crois que ça a aidé à faciliter le contact. Après les présentations d’usage j’ai su que son prénom est « My Tinh » ce qui en vietnamien veut dire « Belle Etoile » et que dans sa famille, on l’appelait aussi Xuan, qui veut dire « printemps ».
My Tinh m’a ensuite demandé si j’étais ‘directeur’ (j’ai l’impression que les Asiatiques préfèrent les directeurs). Je lui ai expliqué que je travaillais pour mon propre compte, et que j’étais donc mon propre directeur.
Comme dit la Bible, My Tinh vit que c’était bon.
Le père de My Tinh était un officier général et aviateur de l’armée du sud Vietnam. Elle avait une petite sœur, My Van (ce prénom signifie « Beau Nuage »). Le père était le numéro trois ou quatre du gouvernement. Il a trouvé la mort dans un accident d’hélicoptère. Après la chute de Saigon, la maman et les deux fillettes My Tinh et My Van se réfugièrent en France.
Ainsi, après avoir connu une existence dorée, cette maman et ses deux fillettes se sont retrouvées démunies, dans un hébergement social en banlieue parisienne.
Ainsi, la guerre lui a arraché tout ; son père, sa famille qui l’entourait de son affection, et son pays.
Quoique sa vie ait basculé du rêve au cauchemar, My Tinh avait un caractère rebelle et une volonté forte. Elle avait du mal à s’entendre avec sa mère, mais elle a toujours, heureusement, été très proche de sa petite sœur.
Nous avion, My Tinh et moi, une relation très harmonieuse. Elle me faisait découvrir la culture vietnamienne, et j’apprenais avec elle quelques bribes de conversation et j’appréciais les subtilités de la cuisine de ce pays.
Quelques mois plus tard, elle m’introduisit auprès de sa mère. Je fus invité à un déjeuner simple, mais délicieux. La maman de posa un tas de questions. Comme mon prénom est Tarek, elle me surnomma Toto, et comme j’étais ingénieur, elle m’affubla du titre cosinus. Je suis donc devenu Toto Cosinus.
Toute la famille était bouddhiste. J’ai donc été initié au principe du Bouddhisme, mais sans vraiment y adhérer. J’ai ainsi appris que certains bouddhistes croient que si une personne fait souffrir une autre alors dans la vie suivante, sa victime la fera souffrir à son tour, pour rembourser « la dette » de la vie précédente. C’est la loi du Karma. La maman de My Tinh, qui trouvait qu’elle était trop amoureuse et trop tourmentée par ses sentiments, avait conclu que sa fille me remboursait une dette d’une vie antérieure, ou elle m’avait tourmenté par amour pour elle. Je trouvais cette superstition sympathique, même si je n’y croyais pas. Comme personne ne peut s’opposer à son Karma, nous allions ainsi vivre paisiblement notre amour.
Notre première soirée a été dans une grande brasserie parisienne. C’était un dîner avec des collègues de travail, mais les collègues pouvaient venir accompagnés. Je lui ai proposé de venir avec moi, et je suis donc passé la chercher chez elle pour aller ensemble à ce dîner.
Elle était confuse. « Je n’ai rien à me mettre ! ». Ce n’était pas un caprice de jeune fille gâtée. C’était vrai. Elle avait une tunique vietnamienne qui lui allait bien, mais le pantalon qui va avec était fripé, avec une grande déchirure sur le côté, et en plus trop large.
J’ai eu le cœur déchiré ce soir-là. Qu’il est cruel, ce destin qui condamne une toute jeune femme à de telles privations après lui avoir accordé enfance dorée !
Nous avons alors tant bien que mal rafistolé le pantalon avec des aiguilles et des ficelles. Comme la tunique vietnamienne est très ample, on ne voyait pas les traces de notre travail de restauration improvisée.
Ce soir-là, My Tinh fut la reine de la soirée. Tout le monde n’avait d’yeux que pour elle. Pourtant elle n’avait aucune parure, parmi toutes ces femmes avec leurs bracelets, colliers, et autres bijoux. Bien sûr, j’étais fier de mes talents de couturier, mais j’étais surtout heureux d’avoir pu lui donner confiance en elle-même, elle qui était si timide et si peu consciente de sa valeur humaine.
Après cette soirée, je l’ai raccompagnée chez elle. Il était tard. Tout le monde dormait. Il ne fallait pas faire de bruit, mais ses yeux parlaient pour elle. En silence, nous avons échangé notre premier baiser. Nous étions inondés de bonheur dans une étreinte magique. Je ressens parfois le goût de ses lèvres quand je pense à ces moments fugaces.
Deux ou trois semaines plus tard, alors que je la raccompagnais chez elle, My Tinh m’annonce « je crois que je suis enceinte … ». Je ne savais pas quoi dire, et c’est difficile de discuter d’un sujet si grave en conduisant. Elle poursuit « Comme je suis bouddhiste, je vais garder le bébé ».
J’étais interloqué. Non seulement je ne souhaitais pas avoir d’enfants, mais je me demandais en plus comment une femme aussi menue pourrait supporter une grossesse. Mais je savais que ça ne servait à rien de discuter, et qu’elle ne ferait qu’à sa tête. Je me dis alors que la nuit porte conseil et qu’il valait mieux se donner le temps de réfléchir.
Quelque jour plus tard, elle m’annonça que c’était une fausse alerte.
Il fallait alors prendre des précautions. C’est ainsi qu’un jour sa mère a découvert qu’elle prenait des pilules contraceptives. Bien sûr, j’étais le seul coupable, mais finalement cela a permis de clarifier les choses. Sa mère aurait préféré que sa fille s’entiche d’un vietnamien, mais elle se fit une raison ; Sa fille avait une dette envers moi.
J’avais convaincu My Tinh de suivre des cours d’informatique. Comme je connaissais une petite société de services tenue par des Vietnamiens, je n’ai pas eu de mal à la faire prendre en stage professionnel. A la fin de ses études, elle était prête pour la recherche de son premier emploi.
Elle présenta donc sa candidature à une grande société de services, filiale de IBM. Alors que j’étais un jour chez elle, et elle m’a annoncé qu’elle était très déçue. Sa candidature n’avait pas été acceptée, alors qu’elle convenait parfaitement au profil des candidats recherchés.
- Ecoute, lui dis-je, appelle le service du personnel, et demande pourquoi tu n’as pas été retenue, ne serait-ce que pour savoir mieux te présenter ailleurs.
Au téléphone, elle a un charme incomparable. C’est très utile. Après avoir discuté une dizaine de minutes avec une responsable du recrutement, elle raccrocha son téléphone et me dis, radieuse « elle me dit qu’ils font un test pour les candidats la semaine prochaine, et m’a autorisée à venir passer ce test ».
Non seulement elle s’en est sortie brillamment, mais elle était la meilleure de tous les candidats.
Elle s’occupait d’un logiciel de paye que cette société vendait. Environ un an plus tard, elle fut désignée comme responsable du service aux clients. Sa carrière professionnelle avait bien démarré. Elle a donc pu avoir son appartement et voler de ses propres ailes.
Mais My Tinh était une écorchée vive. Elle était avide d’amour, en quête permanente de tendresse. Et comme elle avait un tempérament volcanique, de longues périodes de calme étaient de temps en temps interrompues par des crises de colère inattendues et incompréhensibles. Elle devenait agressive et exécrable, mais heureusement, cela ne durait pas longtemps.
Je regrette de ne pas avoir compris ce qui la poussait ainsi à blesser autrui, dont moi-même, quand elle était contrariée. Je n’ai pas été assez patient, ni assez proche. Mais ni sa colère ni mon incompréhension n’ont pu briser ce qui nous attachait l’un à l’autre.
Nous avons partagé cinq ans de nos vies. Nous n’habitions pas ensemble, mais soit j’étais chez elle, soit elle était chez moi. A cause de ses sauts d’humeur, notre relation a eu des hauts et des bas, mais n’a jamais rompu.
Pourtant, comme elle avait un besoin intense d’amour et d’affection, il lui arrivait de vivre une aventure plus ou moins sérieuse. Je ne disais rien. Comment d’ailleurs l’aurais-je, alors que je faisais pareil de mon côté ? Je n’ai jamais rien attendu d’elle en retour de mon amour. Il en était de même pour elle. C’est ce qui a permis à notre relation de tenir. De plus, My Tinh aimait aussi les femmes, ce qui faisait que nous avions parfois les mêmes copines.
Un beau jour, j’ai obtenu un contrat au Cameroun. Un petit contrat pour une mission de dix jours. Finalement, d’une mission à l’autre, mon séjour a duré cinq ans.
Un été, j’étais en vacances à Paris, je suis allé la voir. La nuit, je l’ai serrée très fort contre moi.
-
Est-ce que tu m’aimes encore ? Même un peu ?
-
Oh oui ! Bien sûr que je t’aime ! Tu es le premier homme que j’ai connu !
J’aurais préféré être le dernier, mais ainsi va la vie.
Après cette nuit, je suis retourné au Cameroun, et je l’ai perdue de vue.
A mon retour du Cameroun, presque six ans plus tard, je l’ai cherchée partout. Son numéro de téléphone avait changé, son adresse aussi, je la cherchais désespérément, elle, sa sœur, ou même sa mère. Jusqu’à ce qu’un jour je trouve par hasard une offre sur internet, une « Nguyen Huy » qui vendait un terrain au Vietnam. Si presque tout le monde dans ce pays s’appelle « Nguyen », rares sont ceux qui s’appellent « Nguyen Huy ». Je me suis donc présenté comme acheteur. Chacun dissimulait son identité, mais nous avions deviné qui était l’autre.
Cette situation a permis à chacun de confier son histoire comme s’il s’agissait d’une personne absente, et perdue de vue. Elle me parlait ainsi de ce jeune homme qu’elle avait connu et perdu de vue, des moments de bonheur partagés et parfois de ses souffrances. Moi de même, je lui disais combien j’avais aimé cette Vietnamienne, combien elle me manquait, même si elle était parfois têtue et insupportable.
Ce jeu de rôles nous a permis d’échanger nos souvenirs, nos reproches et nos griefs, et donc de nous retrouver et nous réconcilier.
Puis, un jour, je lui ai écrit que je voyais qu’elle utilisait une couleur violette pour écrire ses messages, et que chez sa maman, les serviettes, les draps, et tout ce qui avait une couleur, étaient de la même couleur de ses messages. Et que je l’avais reconnue.
My Tinh s’était mariée. Elle était heureuse et amoureuse. Je savais que depuis que nous nous étions perdus de vue, chacun avait changé, Elle aimait son mari, et j’aimais Nia. Je lui ai donc dit que je ne voulais pas faire revivre le passé, mais que personne n’avait pris la place qu’elle avait dans mon cœur, et qu’elle gardera cette place jusqu’à mon dernier souffle.
My Tinh m’a demandé la permission de prévenir son mari qu’elle avait retrouvé « un ex » … et qu’elle échangeait des messages avec lui. Son mari ne s’est pas opposé au début, ce qui fait que nous avons continué à nous écrire par messagerie électronique, sans jamais nous rencontrer.
Mais, même sans nous rencontrer, My Tinh était pleine d’attention pour moi. Elle m’écrivait tous les jours, souvent plusieurs fois. Soit pour me faire une liste des aliments à préférer u éviter, soit pour m’expliquer ce que sont les Quatre Nobles Vérités et l’octuple sentier du Bouddhisme, ou ses souvenirs d’enfance.
Elle essayait de résoudre tous mes problèmes, et elle y arrivait bien. Lorsqu’elle su qu’on me suspectait un cancer de la prostate, elle suivait et commentait les résultats de mes biopsies, IRM et autres examens que je subissais. Quand elle su que tous les résultats étaient négatifs, alors que tous les symptômes étaient là, elle se mit à écumer l’internet (elle adore ça) pour comprendre ce qui m’arrivait, puis elle m’envoya un message pour me dire qu’il y a une équipe de recherche à l’Hôpital Tenon qui travaille sur les cas semblables au mien ; symptômes inquiétants, et résultats négatifs, mais qu’il fallait constituer un dossier … bref, j’ai suivi tous ses conseils et j’ai pu éviter de faire un parcours de soins épuisant et inutile.
Ainsi, en moins d’un an, nous avions échangé plus de trois mille messages. Pourtant, il ne s’agissait pas de messages d’amour à la Roméo et Juliette. Nous étions amis et confidents. Après plus de cinq ans de séparation, nous avions besoin de nous raconter ce que chacun de nous avait vécu. Quelques mois plus tard, tout avait été dit, et nos échanges étaient devenus épisodiques.
Les messages de My Tinh me mettaient en émoi. Elle n’a pas seulement souffert de la perte de son père. Elle a aussi souffert de l’autoritarisme et l’incompréhension de sa mère. Je ne souhaite pas dévoiler ici toutes ses confidences, mais je fais une exception qui m’a bouleversé à tel point que j’y pense toujours. Elle m’a écrit ceci « un jour, j’étais encore petite, ma mère m’a dit : comme tu ressembles à ton père ! Su tu avais été un garçon, je t’aurais aimé plus ! »
Mais pendant cette période où la fréquence de nos échanges augmentait, son mari devint jaloux. Je ne sais pas pourquoi, puisque je n’avais aucune intention de lui enlever sa femme. Mais voilà, il était de plus en plus jaloux. Il a fini par se plaindre à sa belle-mère, qui me connaissait déjà. Je sais que la maman de My Tinh ne me portait pas spécialement dans son cœur, mais je sais aussi qu’elle me respectait et que c’était une femme intègre et juste.
Alors, un jour, je reçu une convocation en bonne et due forme, pour un interrogatoire en règle. Je m’y suis prêté de bonne grâce. Je suis donc allé m’expliquer.
Je suis resté deux ou trois jours en Dordogne. Il y avait là la maman de My Tinh, ainsi que My Van et son mari. Nous avons eu, la maman et moi, de longue explication sur ce qui m’attachait à My Tinh. Nous avons aussi parlé d’elle et de ses deux filles. « Je les ai éduquées et traitées toutes les deux de la même manière »me disait-elle, « mais vous savez que My Tinh et My Van de sont pas pareilles, ce n’était peut-être pas une bonne idée de ne pas faire de différence ». Je crois que l’argument a porté, mais c’était un peu tard pour revoir tout ça.
A mon retour à Paris, j’étais enchanté par son message ; sa maman trouvait que j’étais sincère, honnête, que je ne voulais pas de mal à sa fille et qu’il n’y avait rien de répréhensible dans notre amitié.
Quelques mois plus tard, la maman a été emportée par la leucémie. Je n’oublierai jamais cette femme admirable, courageuse, droite, et si affectueuse sous une carapace de rebelle intraitable.
My Tinh avait le même caractère. Au plus fort de nos disputes, elle a offert à ma fille qui venait d’emménager un ensemble d’ustensiles de cuisine de grande qualité. Elle a fait porter un gros paquet jusque chez elle.
Après le décès de sa mère, elle m’envoya un long message ou j’avais appris entre autres que ma convocation en Dordogne était un examen qui devait permettre de savoir si je m’intéressais au Bouddhisme ou seulement à faire des avances à My Tinh.
Or depuis nos retrouvailles, My Tinh avait beaucoup changé. Elle pratiquait un Bouddhisme dit Theravada, une pratique modeste, sans ostentation, très orientée vers la contemplation et la méditation. Et bien sûr, elle m’a guidé sur cette voie, et m’a aidé avec patience et clairvoyance, malgré tout ce que j’avais comme « défauts » et lacunes.
Beaucoup de gens pensent que le Bouddhisme n’est pas une religion, mais une philosophie. Ce n’est pas vrai. Toute croyance qui nous enseigne ce qui se passe après la mort est en fait une religion. Le Bouddhisme, avec sa théorie de la réincarnation, ne fait pas exception.
Cependant, le bouddhisme enseigne aussi comment vivre et comment agir envers les hommes et la nature, afin de sortir du cycle des réincarnations et parvenir à l’état de Bouddha. Bouddha ne désigne pas un homme, mais l’état d’illumination auquel l’être humain accède quand, le long de sa vie, il a respecté grâce à la méditation, les principes de sagesse et de bonté enseignés par le Bouddhisme. Cet enseignement de la vie peut être pratiqué en dehors de toute croyance religieuse, et c’est en cela que c’est aussi une philosophie.
Les bouddhistes « rigoureux » peuvent méditer pendant des heures, en position de lotus. Je n’en suis pas capable. My Tinh patiemment m’aidait en me donnant des idées plus ou moins adaptées à mon cas … bref, au bout d’une année de pratique, je ne pouvais pas méditer « normalement », mais je pouvais les faire assis dans le métro, pendant quelques minutes.
Les bouddhistes utilisent des habitudes et mots sanscrits pour désigner certaines choses. Ils ont souvent un nom bouddhiste, différent de celui de l’état civil. Ainsi, My Tinh était Tejavantu, (ou Teja), qui est le nom du Bouddha en majesté, sa sœur My Van était aussi Anatta, et sa mère Ananda (un disciple de bouddha). Moi j’étais Sami Metta (ou Sami). Metta, c’est la compassion ou l’amour universel, une manière de tout donner sans rien attendre en retour. Je crois que My Tinh m’a choisi ce surnom parce que justement, je n’ai jamais rien attendu d’elle en retour.
Quelque temps après, j’ai été hospitalisé suite à un infarctus. Alors que j’étais aux soins intensifs, je lui ai envoyé ce message ;
4 mars 2014, 19H00
Mizo (c’est l’un des surnoms qu’elle me donnait) vient de traverser une épreuve difficile. Il a été transporté mardi dernier en urgence à la clinique cardiologique de Rouen, pour infarctus...
Aujourd'hui, il est hors de danger, mais il sera probablement opéré une deuxième fois ...
Dans ces moments où on a la possibilité de faire le bilan, je souhaite te dire que tu as été une lumière qui a éclairé mon sentier. Une amante aimante, une amie, une confidente, une petite soeur, une grande soeur, une élève, un guide...
Avec ta bienveillance, ta patience, ta persévérance, tu m'as appris à lâcher prise, à voir avec mon coeur ... et à retrouver le bonheur.
Tu as été la plus belle rencontre de ma vie.
Je voulais t'exprimer ma gratitude.
Et voilà ce qu’elle m’a répondu.
4 mars 2014 22H00
Puisque tu as retrouvé ton vrai coeur et ta lumière, c'est l'essentiel.
Ce sera ton guide.
C'est le but de toutes les épreuves que tu as traversées, elles servent uniquement à cela: redonner la place à son coeur.
Maintenant que tu l'as trouvé, les épreuves du passé n'ont plus besoin d'être et ne reviendront plus pour toi dans le futur.
D'autres types d'épreuves pourraient se présenter, mais si tu considères qu'elles sont toutes utiles pour ta progression, alors elles ne seront pas vécues comme des épreuves, mais comme une joie et opportunité de progression.
Dans ce cas, la maladie et la mort aussi, sont des moments précieux à vivre pleinement, vis pleinement (sois conscient de) chacun de ton souffle : c'est quelque chose de merveilleux.
Remplis ton coeur de gratitude, ce sentiment le renforcera et le nourrira.
Remplis-le toujours de Paix et de bienveillance.
Ça te fera du bien..
Bon rétablissement,
Plus tard encore, son mari faisait apparemment la crise de la cinquantaine. Il se trouva entiché d’une jeune vietnamienne et décida de tout quitter pour aller vivre avec sa nouvelle égérie à Saïgon.
Il fallait s’y attendre, c’est ma réapparition dans la vie de My Tinh qui aurait tout perturbé, et que c’est par ma faute que cette rupture a pu se produire.
My Tinh m’a donc dit qu’elle souhaitait ne pas me rencontrer, du moins pour un certain temps.
Voici ce que nous avons échangé.
1 mai 2016 21:20
A moi
Je traverse un challenge émotionnel en ce moment et j'ai grand besoin d'être seule...
j'ai surtout besoin de repasser le film du parcours (chaotique) sentimental de ma vie, voir ce qui ne va pas en moi, pourquoi je tombe que sur des mauvais numéros pour en tirer des leçons, douloureuses, mais nécessaires, pour évoluer.
3 mai 2016 22:11
A Tejavantu
J’avais bien compris que tu as besoin d’être seule, pour faire un bilan.
Je trouve que c’est une bonne chose.
Je voudrais quand même te dire quelques mots à propos d’un de tes mauvais numéros qui s’appelle Tarek Ezzat, et que je connais un peu (moins bien que toi).
S’il a été un mauvais numéro pour toi, tu as été, pour lui, la plus belle rencontre de sa vie. Quand il était aux soins intensifs après son infarctus, il ne savait pas s’il allait survivre, mais dès qu’il a pris conscience, tu es la première à laquelle il a écrit, justement pour te dire ça, la plus belle rencontre. Il ne voulait pas partir sans te l’avoir dit.
Il ne t’a jamais oubliée, jamais perdue de vue, toujours inquiet de savoir si tu étais heureuse ou malheureuse.
Ce n’est plus la passion des premières étreintes, mais une affection qui n’a pas faibli, et une confiance absolue en toi.
Il restera toujours ton ami, même plus qu’un ami, jusqu’à son dernier souffle.
Alors, quand tu feras le bilan, ne sois pas trop sévère avec toi-même. Parce qu’au moins ce Tarek, tu as su lui faire connaître le goût du bonheur et puis le guider vers un équilibre intérieur et une sérénité qu’il n’aurait jamais connus sans toi.
Tu as éclairé mon cœur et mon sentier. Ça compte dans la balance du Karma.
3 mai 2016 22:30
A moi
Merci beaucoup,
Je me sens moins culpabilisée …
C'est ce que je suis en train de me convaincre, car je me sens coupable de n'avoir pas été assez entière avec Khai, en gros il m'aimait plus que je ne l'aimais, et j'ai l'impression que je l'ai usé, et abusé ...
Cela me rend triste pour moi.
Mais je me suis ressaisie, je me suis dit que nulle n'est tenue d'être parfaite, je suis imparfaite et je m'accepte maintenant avec mes erreurs et mes imperfections, c'est cela Metta envers soi.
Tandis que lui, je lui ai donné une chance pour sortir de son "autisme", mais apparemment c'est au-dessus de ses forces, il a essayé de toutes ses forces depuis 20 ans pour s'accrocher, et là il décroche ...
Je n'oublie jamais quand il a fondu en larmes, de désespoir ...
C'est ça qui me culpabilise, de ne n'avoir pas su le rendre heureux - mais je sais que la culpabilité ne sert à rien, il faut déjà se pardonner, et savoir que chacun a son karma et respecter ce karma, je ne suis pas supposée de changer/porter le karma d'un autre .. c'est ça mon erreur.
C'est son karma que de m'avoir rencontrée, il en a souffert plus qu'autre chose, mais c'était aussi une "chance" pour lui de transcender ses démons intérieurs, c'est face au challenge qu'on grandit ...
Si ce n'était pas moi, ce serait une autre, idem - car c'est dont il avait besoin pour dépasser son karma...
Donc, j'ai bien rempli mon rôle de catalyseur, en en même temps, ça me révèle mes côtés que je dois travailler et améliorer ...
La vie est faite pour aller de l'avant en s'améliorant sans cesse... et atteindre un jour l'ultime lâcher-prise de l'égo.
Mais le plus émouvant, c’est son message, quelques jours après le décès de sa mère.
Ma dernière altercation avec maman ... à propos de Maw (un autre surnom qu’elle m’a donné)
Teja ne t'a rien dit à propos de cela ...
Je ne sais pas s'il fallait se taire ... finalement, je pense que je vais t'en parler ...
Voilà, je n'ai pas pu m'empêcher de me fâcher une dernière fois avec elle ...
Le jour où Khai (son mari) avait appris (en lisant nos échanges) que My Van allait t'inviter à venir en Dordogne, il était blême et voulait repartir illico à Paris.
Maman l'a convoqué, l'a fait parler, et là il a dit qu'il surveillait tes trois mille messages, et qu'il avait toutes les preuves qu'on ne parlait pas uniquement du Dhamma (la sagesse bouddhiste) comme Teja laissait entendre...
Maman m'a ensuite convoquée avec My Van dans sa chambre. Je ne savais pas ce que Khai avait dit, mais comme je la voyais pleurer, alors comme mes (nouvelles) habitudes, je m'étais rapprochée pour lui sécher les larmes.
Elle m'avait repoussée d'un geste sec, et d'un ton ferme, m'a dit de m'asseoir et qu'elle veut des explications sur ce qui se passe entre Maw et moi.
C'était le tribunal.
Teja a expliqué les faits, etc. My Van qui s'exclamait d'un air catastrophé : "Trois mille messages ! mais ce n’est pas sérieux !", elle qui avait réussi à couper court aux avances de son ancien amant et qui, à mots voilés, me suggérait de faire la même chose...
Puis, My Van a quand même posé la question :
"Il y a quelque chose de très important : tu dis avoir BESOIN de lui, explique nous ce besoin ..."
Là j'ai parlé de notre amitié, et je confirmais que tu es mon seul confident et un ami 'tri kỷ' (un cher ami de coeur / ça aurait pu une fille aussi)
Là-dessus, maman a demandé à Khai : "tu différencie bien entre un Ami Tri Kỷ et autre chose entre un homme et une femme ?"
Khai acquiesce en disant "oui, j'accepte qu'elle ait un ami Tri kỷ, mais pas que celui-ci qui ne cesse de lui déclarer son amour et de proférer des paroles fleuries pour la flirter"
My Van lui rétorque : "donne-moi des exemples de ces paroles légères ?"
Khai : "Je ne m'en souviens pas, mais si tu veux, je te mettrai à disposition tous les messages et tu verras si c'est du Dhamma ou du flirt déguisé"
Bref, ils ont plus que douté sur ta motivation de Sami pour le Dhamma, d'où le test envisagé par maman et My Van, pour lui donner une chance...
C'est aussi parce qu'auparavant, Teja avait parlé de temps en temps les efforts et résultats de Sami auprès d'elles, ce qui lui vaut cette dernière chance donnée ..
Cependant on est arrivé à une conclusion unanime, et Ananda a décrété que ma dette envers Sami est bien finie, que si je l'ai aidé jusqu'ici par gratitude, de ce qu'il m'avait sortie d'une possible névrose (à cause de ma maman) alors j'ai déjà donné plus qu'il n'en faut, et qu’il ne faut pas mettre en danger mon bonheur conjugal et de faire du mal à Khai ...
Teja a donc demandé à Anatta de prendre en charge Sami (pour le guider sur la voie du Bouddhisme), et s'engageait à m'effacer pour t'aider à m'oublier et à te concentrer sur la pratique ...
Ceci avec la bénédiction de Ananda ...
Cette nuit-là, je n'ai pas dormi, un sentiment de culpabilité (celui de perturber ma mère durant ses derniers jours), le sentiment d'injustice, de frustration, de colère, d'humiliation, et d'incompréhension me travaillaient ..
Au matin, j'étais allée voir maman pour les soins quotidiens,
Elle m'a alors dit "je t'ai entendu pleurer hier, j'ai le coeur serré, je ne voudrais pas te forcer ma fille, si c'est au-dessus de tes forces..."
Je l'ai rassuré : "ça va... je sais que c'est pour notre bien, Khai et moi, et pour lui aussi..."
Puis je lui ai demandé pardon de l'avoir inquiétée, même dans ses derniers moments ... c'était surtout cela qui me tracassait ..
Plus tard, quand tu es parti et que je t’avais confirmé que tu pouvais envoyer à My Van un certain message, qui me concerne, en quelque sorte la bouteille à la mer que Xuân voulait lancer, dans son désarroi. En demandant à Maw ce service, elle se sentait incomprise et espérait qu’avec ce message on la comprenait mieux …
Mais voilà, Maman, en apprenant que je demandais encore un service à Maw, le fait que je puisse avoir encore besoin de lui, ne demandait même pas à connaître le contenu du message (qui était important pour Xuân), s’est fâchée en montant sur ses grands chevaux, en m'apostrophant :
"Je ne comprends pas ! mais comment peux-tu agir de la sorte ? Si tu ne le lâches pas, comment veux-tu qu'il puisse prendre de la distance et avancer ? Etc."
On était en train de la soutenir, My Van et moi, pour qu'elle puisse nous rejoindre à table, où nous attendaient les parents de Fabrice (le mari de My Van). Khai étant rentré à Paris.
J'ai répondu, entre larmes et cris :
"j'en ai besoin, maman : j'ai besoin que TU me comprennes ! que VOUS me compreniez !
J'ai besoin que tu acceptes que je sois comme tout le monde, accepte-moi avec mes faiblesses, UNE fois, une seule fois dans ma vie !
Je t'en supplie, laisse-moi avoir mes faiblesses, une dernière fois de ma vie !"
Je l'ai dit en Viet, Fabrice et ses parents n'ont pas compris, mais comme j'élevais la voix contre maman, ils se sont tous tus et gênés ...
Puis ils ont vu que j'essayais d'avaler mes larmes en mangeant, La maman de Fabrice était inquiète pour moi, tandis que Maman était figée, visage fermé impassible, digne comme toujours.
Voilà ...
Je ne sais ce qu’elle en a compris, d'ailleurs, elle n'a jamais demandé à voir ce message que j’avais confié a Maw, mais plus tard, pendant que je lui faisais des soins, elle me demandait encore :
"Quand tu fais appel à lui comme ça, ne réfléchis-tu pas si c'est pour toi ou pour lui ? te rends-tu comptes que tu ne l'aides pas ainsi ?"
"Je ne me pose pas la question ainsi, car ce qui m'importe à ce moment, c'est que j'en ai besoin de ce service, c'est tout ce que je sais ... Mais tu as raison, il faut l'aider à ne plus s'attacher à moi, il vaut mieux couper ce lien, je le ferai ... "
alors elle avait un soupir de soulagement en disant "Oui, c'est bien".
Finalement, elle est toujours fidèle à elle-même, à ce qu'elle m'avait dit, quelques jours auparavant :
"je voulais faire de toi une personne PARFAITE, aussi parfaite que possible. Est-ce une erreur ?"
C'est la différence entre mon éducation avec celle de My Van. Elle avait tout misé sur moi.
Ce que je sais c'est que Xuân était parfaitement cassée, et ne savait plus où elle en est.
Mais Xuân avait hérité d'une force et d'une ténacité qui l'aideront à s'en sortir, seule.
Elle est partie comme elle a vécu avec moi : en parallèle, sans jamais nous rejoindre, c'est pour cela que je dis que notre Lien entre elle et moi est consumé.
On avait toutes les deux fait des efforts durant le dernier mois pour sauver les apparences, mais au fonds, et jusqu’au bout, elle ne m'a accordé aucune chance d'être moi-même.
Elle me disait pourtant m'aimer plus que tout au monde ... Moi, j'appelle cela de l'attachement, attachement à ses convictions, à ses idéaux, à dix ans, je pensais déjà que le vrai amour devrait être inconditionnel ... maintenant j'ai la conviction que le vrai amour ne doit pas faire souffrir les personnes aimées, car on n'exige rien d'elles, cet amour, ça s'apparente à Metta, l'amour universel.
Je me rappelle de ses mots, un jour, quand elle disait : "Je fais le voeu de ne plus jamais te rencontrer dans mes vies futures".
C'était peut-être sous le coup de la colère. Elle s’est rattrapée plus tard : "je voulais dire que je ne voulais plus rencontrer de nouveau ton inimitié ..."
Peut-être que ce voeu fonctionnera quand même ... Pour maintenir un lien, il faut que les deux personnes en éprouvent le besoin, je ne sens pas ce besoin.
À vrai dire, je suis triste d'avoir perdu une personne qui a compté pour moi, qui a tout donné (au niveau matériel) pour mon bien-être
Mais je commence à me sentir plus "libre" et j'ai hâte et en même temps redoute de me retrouver enfin, comme un nouveau-né qui appréhende de respirer par ses propres poumons ...
Si ça ressemble à une libération, alors je crois que je me suis libérée de ce lien.
En tout cas sa fierté excessive, qui a fait tant de mal, était encore palpable ...
Et toute marque d'affection acceptée est prise comme une faiblesse ..
Elle m'a ainsi façonnée à son image ...
Elle se comportait un peu comme ces fiers généraux qui préfèrent mourir debout, appuyés sur leur épée, plutôt que de fléchir d'un iota ..
Telle était ma maman, avant de devenir la douce Ananda que le Dhamma a transformée ...
Sa FIERTE, c'était son "travers karmique" dont elle a su finalement se débarrasser, même s'il reste quelques soubresauts d'humeur éphémères ...
Mais entretemps, ça a fait quand même des dégâts autour d'elle et en elle ...
Il y a tant à faire sur la Voie, que de pleurer sur son sort ...
Voilà où a atterri notre amitié. Nous ne nous rencontrons que rarement. Mais si j’ai besoin d’elle, elle est là. Et si c’est elle qui demande mon aide, je suis là tout autant.
Je sais comment avoir de ses nouvelles, sans l’importuner, et je donne de mes nouvelles à sa sœur, qui sans me le dire, s’empresse de les lui transmettre.
Ce que je regrette, c’est que je n’avais pas été capable de comprendre à quel point son cœur était meurtri. Je ne voyais que ses crises de colère et ses accès de fureur. Je me disais que c’était la conséquence d’avoir été l’enfant gâtée d’une famille riche qui n’acceptait son sort. J’ai décelé la tendresse qui habitait son cœur et je ne lui ai jamais fait de reproches.
La plus belle rencontre de ma vie.